La Syrie ou les rencontres du 3e type

Publié le par Sur la route des dispensaires

Salaam a tous!

 

Nous prenons enfin le temps d'ecrire un peu pour raconter nos aventures des dernieres semaines. En guise d'excuse nous dirons que l'acces a Internet fut limite lors de notre passage dans ce magnifique pays - en revolution - qu'est la Syrie. Et oui, apres pas mal d'inquietudes sur les possibilites de notre retour en terre syrienne, le passage  a la frontiere s'est effectue comme on envoie une lettre a la poste: Lentement mais sans soucis. C'est donc apres quelques coupures d'electricite (pauvre douanier, il a dut recommence sa tache par 3 fois...) et allege de quelques dollars supplementaires que nous entrons dans le pays. Yallah! Cap sur Palmyre, et aucun arret jusque la! Tout ce que nous verrons de Damas sera son peripherique, sur lequel nous nous risquerons a prendre une photo une voiture placardee aux couleurs de Bachar el-Assad, dirigeant - beaucoup diront dictateur - actuellement remis en question. Cette voiture est loin d'etre une exception, nous en verrons sur tout notre parcours, hormis dans le desert... La situation est delicate en ce moment alors nous ne trainerons pas dans le parage des grandes villes. Voila pour le contexte de notre entree.

 

Palmyre... Un nom qui evoque pour nous les beautes du desert syrien et qui nous attirait depuis bien longtemps. Voila, nous y sommes arrives, enfin! Apres une traversee de l'ouest du desert nous avons donc plante la tente a proximite du site afin de profiter du matin pour visiter. Le site est assez exceptionnel, il faut s'imaginer une superbe ville romaine installee aux bords d'une oasis en plein desert. Le resultat est un ensemble de colonnades fantastiques, un superbe theatre, des temples, le tout en pierre ocre dans un cadre du meme ton. Du plus bel effet. Nous irons aussi nous balader dans les jardins de l'oasis meme. Nous avons pris ici quelques libertes avec les murs d'enceinte, qui en notre defense etaient perces en plusieurs endroits, signe clair de l'abandon relatif des lieux. C'est un ensemble de parcelles ou poussent oliviers et dattiers, offrant une ombre rafaichissante dans la chaleur ambiante de la fin de matinee. Nous en profiterons pour ramasser moultes dattes a l'instigation d'Emmanuel, nomme expressement Docteur es Dattes du voyage.

 

A notre sortie de l'oasis nous rencontrons Ahmed, jeune syrien qui avait visiblement une grande envie de parler en anglais. Etudiant a Damas actuellement revenu chez ses parents a Palmyre durant les troubles, nous discutons ensemble autour d'un bon the. C'est la que nous lui exprimons notre desir de traverser le desert vers le nord au lieu de faire un detour par l'ouest en passant par l'autoroute. Ce serait plus court, plus joli et nous eviterions la ville de Homs ou se deroulent des manifestations. A notre grande joie il nous dit que s'est tout a fait possible et nous indique que la piste que nous avions repere sur notre carte est une petite route qui traverse les territoires bedouins en allant vers le nord. Incroyable, une petite excursion dans le desert a la rencontre des bedouins! Cela s'annonce superbe. Aussitot dit aussitot fait, nous partons acheter des provisions et beaucoup d'eau au cas ou (et oui, nous savons faire preuve de sagesse et de prudence!) et nous engageons sur ladite route vers 14h dans l'euphorie la plus totale. Le decor est aride, rocailleux et la route suit un oued au pied de quelques montagnes creusees de sillons sur leur versants abruptes. Tres rapidement nous apercevons les premieres tentes de bedouins avec des maigres troupeaux. Plus la route monte au nord et plus ces troupeaux deviendront nombreux car on trouve malgre tout un peu d'herbe entre la multitude de cailloux. Il a dut pleuvoir recemment. Nous aurons confirmation de cela le lendemain en voyant une video sur le telephone portable d'un bedouin (la technologie mobile est arrivee jusque la!) de pluies torrentielles survenues en Fevrier dernier. Car nous avons rencontre plusieurs de ces bedouins sur les 3 journees que nous prendront pour traverser le desert en direction d'Alep. Des le premier jour nous aurons droit a l'accueil sous la tente pour prendre le the. C'est Abdullah qui nous recevait dans son salon de reception. Imaginez vous des tapis au sol, beaucoup de gros coussins pour s'appuyer, un foyer central, le tout sous la tente, en compagnie d'hommes uniquement (nous constaterons que les femmes sont tenues a part, au moins en presence d'invites). Deux gorgees de cafe pour nous souhaiter la bienvenue et la conversation s'engage. A savoir, nous tentons non sans mal de decrire notre voyage et de dechiffrer les reponses de nos hotes. Chacune de leurs reponses est source de multiples interpretations et Emmanuel et moi se livrons au jeu de partager nos avis sur ce qu'ils nous disent. Autant vous dire que rares sont les fois ou l'on se met d'accord tout de suite!

 

Apres avoir quitte nos hotes nous roulons davantage et faisons halte dans un cadre fantastique pour la nuit. Une steppe coincee dans un cirque de petites montagnes, avec un lac au fond de ce cirque. Pour acceder aux rives il faut zigzaguer entre les oueds qui creusent la terre et ne sont franchissables qu'a certains endroits. Autant vous dire qu'il n'y a meme pas de pistes, nous coupons au mieux dans la steppe. Depuis un petit promontoir rocheux qui surplombe la tente nous pouvons alors contempler la vue magnifique et voir les troupeaux de moutons qui vaquent menes par leur berger. Ici et la quelques tentes de bedouins. Au loin la route qui mene vers Alep. Avec la tombee de la nuit le ciel se devoile et nous avons droit un a superbe plafond d'etoiles. En plein desert, autant dire que la pollution lumineuse etait minime! Le lendemain nous repartons doucement sur la route, encore seduits par la beaute des environs. Peu avant le dejeuner nous demandons notre route a des bedouins sur le bas cote. Notre deuxieme vraie rencontre. Nous serons convies au the et le dejeuner cette fois ci. Pour aller chez eux nous prendrons Abdil dans la deuche afin qu'il nous guide car une fois n'est pas coutume aucune piste ne mene la-bas. Je m'installe donc sur la malle a l'arriere tandis qu'Emmanuel fait decouvrir la voiture a notre premier compagnon de voyage qui tres intrigue. A l'arrivee nous sommes accueillit par les deux gorgees de cafe traditionnelles, prenons le the et "discutons" avec nos quelques mots d'Arabe. C'est a ce moment que l'un des fils de la famille nous annonce que nous avons creve. Premiere crevaison en 10 000 km! En deux en trois mouvements la roue est changee et on n'en parle plus. Le dejeuner est d'ailleurs servit. Un ensemble de petits plats sur un grand plateau en inox. Du pain arabe pour tremper dans les differents mets. Puree de pois chiches, yaourt local, aubergines, pommes de terres frites, c'est un regal! Mais il est temps de repartir... Encore une fois nous n'aurons presque pas vu les femmes de la famille. Nous ne pourrons les remercier pour ce bon repas. 

 

Alep n'est plus qu'a une centaine de kilometres et nous entrons dans la partie fertile du nord syrien. La proximite avec l'Euphrate se fait sentir. Le tissu urbain apparait et se densifie tres rapidement. Nous aurons du mal a trouver un endroit calme pour planter la tente. Le lendemain nous faisons connaissance d'Ahmed (selon une etude tres officielle que nous menons il s'agit du prenom le plus courant en Syrie!), bedouin au visage burine qui nous invite a prendre le the chez son frere Ismael, notable du coin dont le passe-temps consiste a elever des pigeons, et qui habite la maison isolee sur le versant d'en face. The, petit dejeuner, nous serons meme invites a passer la nuit chez lui, ce que l'on s'empresse d'accepter. Apres une visite d'Alep a 50 km de la, nous reviendrons donc dormir chez lui. Nous aurons vu la citadelle et le souk, absolument superbes. Heureusement ce vendredi la aucune manifestation viendra troubler l'ordre, mais le mouvement de revolution reste en marche et la repression continue. Il est difficile d'aborder le sujet avec les gens qui ont peur du regime. Nous esperons le meilleur pour toutes ce peuple. A notre retour nous ferons la mauvaise experience de demander notre chemin a la "police" d'une ecole pour gosses de riches (traduction litterale). Ils nous retiendront contre notre gre durant une bonne heure avant que nous reussissions a debloquer la situation. Completement paranoiaques ces gens la! Mais ce sera vite derriere nous lorsque nous verrons la foule qui nous attend chez Ismael. Dix huit invites sont la a nous attendre pour le diner. Un vendredi soir normal ou tout cela pour nous? Nous ne le sauront jamais mais une chose est sur nous somme l'attraction!

 

Le lendemain nous repartiront pour la Turquie sous un ciel gris, cloturant ainsi notre boucle dans le Proche Orient, a l'aube de notre decouverte du sud Caucase et de l'Iran. Mais pour le moment nous allons passer quelques temps en terre anatolienne, entre la Cappadoce et Istanbul ou nous ferons nos visas pour Teheran.

 

A bientot pour de prochaines nouvelles!

 

 

 

Vue sur Beyrouth Liban

 

DSCN3896

Syrie

 

 

Alexandre et Emmanuel

 

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Cécile de Vaison 11/04/2011 06:49


Superbe texte ! Merci les garçons ! Ce serait super si vous pouviez "signer" votre texte d'une simple initiale ! On vous situerait mieux, respectivement , et ce serait amusant, avant d'arriver en
bas du texte, de faire un pronostic ! C'est E ou c'est A aujourd'hui ?? ( simple suggestion, mais j'aimerais bien ! ) Tante Cécile


Vianney 07/04/2011 15:56


Chouette récit les gars ! Bonne continuation !!!