Mimi le phoenix, Pierre le bienfaiteur

Publié le par Sur la route des dispensaires

Merhaba a tous!

 

Que d'actions ces derniers jours pour notre equipage! Notre retour en Turquie a ete bien mouvementé, a l'image tout d'abord de notre premier lieu de camping peu apres avoir passé Gaziantep. Certains d'avoir trouve un endroit bien isole, loin de la 4 voies, nous n'en croyons pas nos yeux le matin quand nous voyons sur la route en contrebas une file ininterrompue de vehicules, jouant de leur klaxon et de leur auto radio. Sans aucun doute l'heure est a la fete. Mais ou vont donc cette cinquantaine de car pleins a craquer, ces camions de la television et ces blindes de l'armee? La reponse nous sera donnee par le pompiste: Nous sommes deja dans une region kurde, et dans le petit village d'Halfeti se deroule une grande fete en l'hommage d'un haut responsable du parti kurde, le PKK. Sur notre route vers Şanli Urfa, c'est un veritable défilé de voitures et de mains levées en forme de V, le V de victoire: Il est evident que le passage d'un vehicule tel que le notre ne fait qu'augmenter les coups de klaxons! Nous arrivons finalement dans la ville de Şanli Urfa. Etonnante cette ville qui bat son plein, a l'image de son caravanserail animé ou jeunes comme vieux se retrouvent pour prendre un thé et faire une partie de tavla (baggammon turc), de cartes ou de dominos! Doux melange de couleurs, les foulards prennent des teintes variees en fonction de l'origine de chacun. Violet, rouge, noir, ce tourbillon de couleurs est d'autant plus appreciable lorsqu'il se mele aux odeurs des epices du vieux bazar que l'on prend plaisir a sillonner. Nous decouvrons egalement le magnifique bassin aux poissons au pied de la citadelle.


Alors que nous cherchions un coin isole dans la campagne environnate, nous sommes obligés de traverser un petit village, Tekerli, ou un groupe de 20 personnes discutent dehors. Nous descendons leur demander ou nous pourrions poser notre tente. Ils nous regardent comme des extra-terrestres. Un grand road trip depuis Paris, admettons, mais pourquoi venir a Tekerli??? Aussitot nous sommes pris sous l'aile de Yahya, un des seuls kurdes du village a savoir parler un peu anglais grace a son commerce de lampes de poche qu'il realise avec la Chine! Ainsi tandis que l'orage se dechaine dehors, nous voila maintenant dans une grande salle ou un repas copieux nous est servi, sous le regards amuses d'une vingtaine d'hommes. La question de ressortir camper par la suite ne se pose meme pas: nous aurons le droit a une bonne douche et a deux lits sortis specialement en notre honneur!


Nous reprenons la route le lendemain en direction de Nemrut Daği, un des chefs d'oeuvre de la Turquie. Mais l'acces n'est pas facile, Mimi lutte, en premiere sur la majeure partie de la cote, pour atteindre ce sommet haut de 2900m. Elle l'a fait. Nous pouvons donc admirer ce sanctuaire erige pour le roi Antioche Ier, ou l'on peut admirer d'immenses tetes de dieux qui regardent vers l'horizon. Si nous n'avons pas eu le droit au coucher du Soleil, la neige encore presente par endroits cache malicieusement la moitié de quelques tetes de Dieux. Mais la descente nous reserve une grande surprise... Alors que nous faisons une legere marche arriere pour relire un panneau, voila que le pommeau de vitesse reste bloqué! Nous ne pouvons plus changer les vitesses! Pierre nous l'avait bien dit, la boite de vitesse, c'est une partie tres senesible de la deuche, si il lui arrive un probleme, cela peut etre tres grave... Nous n'osons croire que Mimi est a l'agonie. C'est arrivé si brutalement! Nous sommes passés de l'euphorie de la visite du Nemrut Dagi, a l'angoisse de ne plus jamais pouvoir repartir! Il faut se raisonner, il n'y a rien a faire la ou nous sommes, nous nous faisons tracter pour passer les quelques pentes et faux plats afin de pouvoir redescendre au village le plus proche, Karadut. Alors que la nuit approche, nous essayons de contacter Pierre notre garagiste et Tristan qui revient d'un tour du monde en 2CV pour avoir les meilleurs conseils. Leur discours est rassurant, il nous faudra verifier le lendemain matin si la fourchette de changement de vitesse n'est pas sortie de son emplacement, en ouvrant la boite, dans quel cas il nous sera facile de la remettre. Apres une nuit de camping en altitude, nous nous affairons a ouvrir les entrailles de la pauvre Mimi. Mais malheureusement pour nous, le constat est plus grave que nous ne l'esperions: les engrenages doivent etre bloques. La mine deconfite, nous demandons a etre tractés jusqu'a la prochaine ville ayant Internet et un garage, soit Kahta, 50 km plus loin!


Orhan, le garagiste, ne nous promet rien, c'est du 50/50. Mais pour cela il va falloir sortir le moteur et meme les pignons de la boite de vitesse... Nous passons plus de 3h a sortir la boite en suivant les gestes deja effectués dans le garage Pierre presque un an auparavant. Il est 2h du matin, le garage est toujours ouvert et le suspens se fait toujours insoutenable. Tous les scenarios defilent dans notre tete: faire venir une autre boite de vitesse de France? Mais par quel moyen? Et comment la faire venir jusqu'au fin fond de l'Est de la Turquie? Orhan nous impressionne par sa maitrise de la mecanique, et finalement nous redonne espoir en declarant fierement que cela remarche! Nous remettons au lendemain le remontage et la verification du fonctionnement. Apres une nuit passée au garage allongés sur le sol dans le bureau de Orhan, le voisin du garage nous offre le petit dejeuner, que nous avons cependant du mal a avaler. Nous remontons Mimi, et certaines vitesses paraissent remarcher, mais ce n'est pas suffisant pour repartir... Il nous faudra ouvrir et fermer au moins 8 fois la boite pour parvenir a un etat de fonctionnement qui parait satisfaisant. Nous n'en croyons pas nos yeux, Mimi, qui quelques heures plus tot etait en pieces sur la table d'operation, semble renaitre de ses cendres... Mais les conseils de Pierre nous ramenent a la realite et nuance notre joie, la boite a du etre completement dereglée, des pignons doivent etre bien entamés, et il sera tout de meme necessaire de changer notre boite contre une nouvelle... Si cette reparation peut nous tenir jusqu'a Istanbul, nous nous ferons alors envoyer la boite la bas pour y faire le changement. 


Nous reprenons la route avec joie et les vitesses paraissent passer comme si Mimi sortait de l'usine! Nous pouvons donc rejoindre la Cappadoce qui nous faisait rever depuis un moment. Et malgré le froid, nous ne fumes vraiment pas decus de cette pause de 3 jours parmi des paysages lunaires, ou la nature nous etonne chaque fois un peu plus. Nous posons notre tente dans des endroits magiques et meme parfois insolites, par exemple une ancienne habitation troglodyte abandonnée pres de la ville de Cavusin!


Attendus le jeudi soir a Istanbul, nous passons notre journee du mercredi a 50 km d'Istanbul pour profiter du bord de mer et se detendre. Nous y faisons la rencontre de Hakan, un pecheur de 40 ans, et de ses amis qui s'occupent de vernir leurs barques avant la premiere mise a l'eau de la saison. Ce passionné de vieilles voitures nous emmene faire un petit tour en barque et nous prend completement sous son aile! Ravi de nous avoir rencontré, il nous presente a toutes ses connaissances du village et nous gate demesurement: il nous offre tous nos repas, nous fait decouvrir la ville, nous offre glaces, patisseries, thé, il n'est meme pas possible de contester! Nous dormirons ce soir chez un de ses amis qui a un appartement encore non meublé, mais qui nous protegera du vent et de la pluie. Alors que nous garons Mimi devant, le spectre d'un recent cauchemar reapparait: notre boite de vitesse se bloque a nouveau sur la marche arriere...

Dans notre malheur, nous sommes chanceux puisque nous ne somme plus qu'a 50 km d'Istanbul, au bout d'une ligne de train de banlieue, et la nouvelle boite de vitesse a deja ete commandée en France. Mais il est tout de meme rageant de s'arreter si pres de notre etape! Alev nous recoit alors chez elle comme a son habitude: comme des rois! Nous sommes chouchoutés et nous pouvons enfin nous laver apres plus de 8 jours sans douche, raser notre barbe de 2 semaines et nous regaler de la cuisine turque, la vraie, qui differe grandement de notre pain au thon quotidien!


C'est le moment pour nous de nous lancer dans les demarches administratives pour demander differents visas (Iran et Ouzbekistan), qui nous demandent plus de patience que prevu. A cette heure, nous ne les avons toujours pas et ne savons pas quand nous pourrons les avoir (affaire a suivre!), meme si nous savons que cela reste faisable, tout etant une question de temps!


Mais la boite de vitesse n'arrive toujours pas. Des problemes de logistique a Paris retardent le depart de la nouvelle boite que Pierre a prepare avec soin pour nous. C'est alors que mercredi soir Pierre m'appelle et me declare qu'il arrive dans deux jours a Istanbul, la boite de vitesse comme bagage en soute! Incroyable mais vrai. Notre sauveur nous retrouve pour un weekend stambouliote, organisé au dernier moment! Alors qu'Alex a rendez vous a l'ambassade ouzbeke, je retrouve Pierre, le paquet tant attendu, et nous voila partis avec une voiture de location en direction de Darica, ou Mimi attend impatiemment son sauveur. Enfin sortis des griffes de la circulation d'Istanbul, nous retrouvons avec bonheur Mimi la ou nous l'avions abandonnée. Nous passons la soiree a essayer de trouver un garage dans lequel l'operation de remplacement pourra etre realisée, mais c'est sans succes. Dans la ville de Darica point de garage, il nous faudra explorer la ville voisine de Gebze le lendemain pour trouver notre bonheur! En attendant, je partage un plat de pide (pizzas turques) et une bouteille de vin que Pierre cache dans son manteau pour ne pas choquer employés et clients du restaurant qui ne proposait pas d'alcool. Ce fut un plaisir de partager notre aventure avec lui, dans les moindres details, et cela lui rappela nombre de ses voyages en 2CV a travers le monde. Il en a vu du pays notre Pierre! Nous terminons samedi matin le remorquage de Mimi a Gebze, et Alev nous aida a faire comprendre au garagiste que nous voulons participer aux operations. Echange de cartes et photos entre les deux garagistes citroen, et nous profitons du reste de la journee pour nous promener dans le quartier de Sultanahmet. Mais Pierre doit déja repartir. Ce fut une apparition eclaire mais salvatrice! Notre ange gardien!


Cappadoce

 

A bientot pour de nouvelles aventures!

 

Emmanuel et Alexandre

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Vianney 25/04/2011 00:03


Si vous êtes toujours à Istanbul contactez donc Paul de Braquilanges : c'est un pote qui vous recevra certainement ! http://www.facebook.com/paul.de.braquilanges