Croix rouge - Tashkent

Lors de notre passage dans la capitale ouzbèke nous avons eut la chance de pouvoir rencontrer la Croix Rouge Internationale dans son antenne d'Asie Centrale. Une organisation au statut intergouvernemental qui change radicalement des structures que nous avions visité précédement. Ce fut pour nous l'occasion de découvrir une perspective nouvelle de l'humanitaire au cours de notre route vers Bichkek. A l'occasion de cette rencontre nous avons fait la connaissance de Sherzod Eraliev et Sergey Sayapin, deux hommes très impliqués dans leurs missions et avec qui nous avons eut une longue et passionnante discussion.
 

Avant d'approfondir un peu plus sur la présence du CICR en Asie Centrale, voici un petit rappel de la mission que s'est fixée l'organisation de manière générale. Le CICR est une institution indépendante et neutre qui fournit protection et assistance aux victimes de conflits armés et d'autres situations de violence. Il apporte une aide humanitaire dans les situations d'urgence, et s'emploie également à promouvoir le respect du droit international humanitaire et son intégration dans les législations nationales.

  

Si le CICR agit depuis 1949 en tant que tel, l'antenne d'Asie Centrale ne fonctionne que depuis 1992. Dix-neuf ans après les débuts de son implantation, elle a réussit a acquérir un role important dans la région, illustré dernièrement lors de la crise humanitaire qui survint a Osh au Kirghizstan en Juin 2010. Au cours de cette période de violence, des dizaines de milliers de personnes se sont réfugiées en Ouzbékistan et au Tadjikistan voisins générant un besoin énorme d'aide humanitaire. A cette occasion le CICR a pu offrir une aide conséquente dans les jours qui ont suivis avec une telle efficacité que leur action fut officiellement remerciée par la présidence ouzbèke.
 

Pourtant le quotidien du CICR en Asie Centrale ne se résume pas qu'à ces périodes de crises. Ainsi qu'il est indiqué dans sa mission globale, le comité suit aussi une ligne de prévention dans ces actions dans la région. Dans ce cadre un gros travail est réalisé avec les gouvernements des pays de la zone pour promouvoir le droit humanitaire, pour faire respecter les normes humanitaires et pour améliorer la conduite des opérations policières et militaires vis-à-vis des populations civiles. Un travail de sensibilisation est aussi réalisé dans les grandes universités de droit afin d'éveiller les futurs acteurs locaux du droit à la dimension humanitaire.
 

Le droit humanitaire international est un ensemble de règles qui cherche à diminuer autant que possible les effets hasardeux des conflits armés sur la population. Il vise à protéger les personnes qui ne prennent pas part aux hostilités et prohibe l'usage de certaines méthodes de guerre et certains armements. A cet effet le CICR offre un service consultatif aux autorités pour leur permettre de mieux intégrer le droit international dans leurs propres législations. En effet si les gouvernements de la région ce sont engagés dans cette voie, le droit national de ces pays est loin d'avoir intégré les normes humanitaires. Ainsi le CICR organise régulièrement des réunions intergouvernementales pour favoriser l'implémentation du droit humanitaire, pour familiariser les fonctionnaires des ministères en question, et pour permettre aux différentes autorités de comparer leurs intégrations respectives de la législation internationale. Une dimension de l'humanitaire méconnue du grand public mais qui à terme doit permettre d'oeuvrer en faveur des populations locales.
 

En relation avec les forces policières et militaires, le CICR cherche à modifier les attitudes et comportements potentiellement néfastes pour les civils. A titre d'exemple, lors de la dernière crise en 2010, les forces armées du Kirghizstan stoppaient parfois des convois humanitaires sans raison, empêchant leur accès au théatre des opérations. Cela a pour conséquence de retarder considérablement l'aide humanitaire et donc l'efficacité des opérations de secours. L'objectif de l'organisation est donc d'attirer l'attention de ces hommes aux enjeux de l'humanitaire et à la nécessité de respecter les populations civiles. C'est ainsi un dialogue bilatéral qui est engagé en vue de permettre au comité de favoriser la compréhension des règles internationales par les forces de sécurité et leur application lors des opérations.
 

Pour Sergey son implication au CICR relève à la fois d'une stimulation intellectuelle et d'un sentiment d'avoir un impact sur le futur de son pays. Son travail l'amène à travailler en relation avec le gouvernement ouzbèke mais aussi parfois sur le terrain lorsque surviennent des crises majeures comme à Osh en 2010. A cette occasion chaque membre du CICR change de statut et se consacre à la crise pour apporter une réactivité inégalée de l'organisation. Ce genre de crise confirme alors l'intérêt de participer au CICR mais amène aussi à relativiser son travail puisque sur le terrain les gens ont avant tout besoin d'eau et de nourriture. Cependant il perçoit les bénéfices de son implication en observant la réaction du gouvernement et des forces de l'ordre.  Ainsi alors que son convoi alimentaire s'était fait bloquer par des forces armées qui refusaient de le laisser entrer dans une zone sinistrée, il a pu établir un dialogue qui aboutit à un résultat positif: L'entrée du convoi dans la zone. Pourtant rien n'augurait qu'il vienne à travailler au comité. En effet ce n'est qu'après un stage de traduction qu'il vint à postuler au sein du CICR alors qu'auparavant il n'avait pas pensé s'orienter dans ce milieu. Aujourd'hui, après une dizaine d'années passées sur place il trouve cependant toujours un intérêt vif à travailler dans l'organisation.

 



 

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