Deux baroudeurs de l'humanitaire: Cecile et Fabrice Roy

A Isfahan nous avons recontre Cecile et Fabrice Roy, un couple dynamique engage dans le monde de l'humanitaire. Fabrice, en tant que chef de mission pour MSF en Iran nous a parle de la presence de l'organisation dans la region du Sistan-Balouchistan, frontaliere avec le Pakistan et l'Afghanistan. La situation y est particuliere car la zone est interdite aux etrangers et pourtant MSF a le droit de travailler sur place, avec uniquement des ressortissants iraniens. La region est dangereuse car les attentats sont réguliers et il s'agit d'une zone de trafic (essence, drogue, commerce en tous genres) ce qui accroit la difficulte de travailler la bas. La présence de MSF sur place reste précaire et peut être menacée à tout moment. Cependant, il s'agit de la zone la plus vulnérable en Iran suite a l'exode de nombreux Afghans. Ainsi la population est des plus pauvres et l'organisation tache de faciliter l'acces a la sante aux Afghans et aux Iraniens les plus demunis et facilite également les soins de santé secondaire dans les hôpitaux de Zahedan, le chef lieu de province. Cela passe par un travail effectue par deux cliniques, une dédiée à la médecine générale et une autre aux soins materno-infantiles.


Dans ce cadre, Fabrice travaille depuis 2 ans sur ce projet fragile. Avec sa femme Cecile, et leurs 4 jeunes enfants, ils vivent a Teheran et devraient prochainement partir vers une autre destination. En effet les missions humanitaires sont souvent de courte duree et les expatries changent très souvent. Depuis maintenant plus de 10 ans, ce couple tres implique dans la cause humanitaire s'est donc active sur differents fronts avec un engagement total. Tous les deux ont commence dans les Balkans pour l'association Solidarites avec le statut de volontaire Cécile comme Administratrice et Fabrice comme chef de projet distribution. Ils ont ainsi decouvert ce milieu si particulier mais qu'ils avaient tous les deux choisis par conviction.
 
Comme il n'est pas toujours facile pour un couple de trouver un double poste sur le terrain, le jeune menage s'est tourne vers Medecins du Monde, ce qui avait l'avantage de les rapprocher du domaine medical qui les attiraient tous deux. Ce gout pour l'humanitaire medical decoule d'une volonte de concret. Soigner un enfant, sauver une vie, la personne qui s'engage voit les resultats de l'action mise en oeuvre très vite et le mieux être des personnes aidées est évident. D'ailleurs cela reflete aussi un gout pour l'urgence. Ces missions ne sont pas du developpement mais de l'assistance et du sauvetage de populations en detresse. Ainsi que le disait Cecile, "on arrive le Lundi et on travaille deja le Lundi apres-midi". N'étant ni l'un ni l'autre de formation médicale, cela leur a permis de découvrir tout un domaine qu'ils ne connaissaient pas et qui les passionnent. Ils ont aujourd'hui une expérience qui leur permet de compléter efficacement "les médicaux".
 
Avec pres de 10 missions derriere eux pour différentes associations françaises, avec un rythme variant d'une mission tous les 6 mois, un an, et deux ans en Iran, car c'est l'usage dans l'humanitaire. Cela permet de donner un souffle nouveau aux projets en question, parfois d'eviter que le personnel soit soumis à de trop fortes pressions. Changer souvent de mission permet aux humanitaires d'etre constamment stimule avec cet effet nouveaute. En effet, avec cela il n'y a pas de routine et l'on ne perd pas en efficacite. Etre chef de projet c'est selon eux un peu comme etre un directeur de PME. Il faut apporter l'aide la mieux ciblée possible tout en gérant des employes locaux exigeants qu'il faut encadrer et accompagner, dans le cadre d'un budget strict. Cela implique beaucoup de responsabilites et necessite une grande exigence. Ainsi, si la flamme de l'humanitaire s'eteint, il faut arreter sous peine de mal faire les choses et de faire echouer un projet.

Une particularite propre a ce couple engage est precisement ce statut familial. Nous leur avons donc pose la question de comment ils vivaient cette situation au sein d'un milieu constitue generalement de celibataires. Sans enfant, ça peut être plus facile mais les postes doubles sont assez rares. Dans tous les cas la vie personelle est compliquee par le rythme intense des missions, les humanitaires devant travailler quotidiennement et pouvant etre appeles a toute heure. Ils nous racontent en riant leur seule escapade au restaurant en 6 mois lors d'une mission en Guinee qui dura 1 heure avant qu'ils ne soient rappelés au bureau. Mais leurs valeurs communes et cette passion pour ce qu'ils font leur permet de continuer avec cet entrain qui nous a seduit. Vivre cela avec leurs 4 enfants ne semblent pas impossible, loin de la. Pour ces derniers cela constitue une ecole de la vie sans pareil. Leur fils aine a ete ainsi scolarise un an en plein milieu de la brousse au Burkina Faso et suivit ses parents dans chaque mission en faisant preuve d'une incroyable capacite d'adaptation. La famille sait qu'avec les enfants grandissant leur equilibre evolue progressivement, aujourd'hui l'un des deux parents etant par exemple au foyer pour s'occuper des enfants. Une mission il s'agit de Cecile, apres cela peut etre Fabrice. Ils savent qu'un jour ils devront rentrer en France. Mais pour le moment, en recherchant des missions basees dans des capitales avec la possibilite de scolariser les enfants dans les ecoles francaises ou anglaises, ils sont capables de poursuivre leur engagement a l'international. Jusqu'a present ils ont reussi a partager en famille le bonheur de cet engagement humanitaire. Cette alternance et le soutien sans faille que chacun porte a l'autre fait leur force.
 
Avec eux nous avons pu voir que l'humanitaire peut ne pas se resumer a une mission. Si sur les 2000 expatries des organisations francaises 80% des gens suivent ce schema, ce couple nous a prouve qu'il est possible de "faire carriere", meme si cette expression reste tabou dans le milieu. En effet, avec l'arrivee du salariat au debut des annees 2000, le metier a pu etre progressivement professionalise. Pour autant, il faut savoir que les ONG hexagonales offrent de moins bonnes conditions que leurs homologues anglo-saxonnes. Mais l'humanitaire à la française reste définitivement un humaniraire de conviction, engagé, à l'image des French Doctors, ce n'est pas un "charity business" (l'expression vient du père de Cécile, lui aussi engagé dans l'humanitaire depuis 2 ans). Les francais sont reputes pour prendre position au cours de leur action, avec un peu une volonte de "changer le monde". Prises de positions politiques qui leur cause parfois des soucis, mais qui fait partie integrante de l'idendite de ces organisations.

 

Merci a eux pour leur temoignage chaleureux, franc, sans retenue, offert sur les pelouses de la grande place d'Isfahan!

 

 

 

 

 

 

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