MSF - Bichkek - Garance

MSF Suisse - Bichkek


Garance (Suisse - 28 ans)


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Apres un bac L, Garance intègre une école d'infirmière puis travaille pendant trois ans dans un CHU.

Son envie de travailler dans l'humanitaire a muri depuis ses années au lycée. Elle était séduite par l'idée de pouvoir faire un travail solidaire et en même temps voyager et découvrir un univers bien différent de celui dans lequel elle vivait auparavant. Dans cette optique elle a choisi de se spécialiser en médecine tropicale lors de ses études post Bac.


Qu' est ce qui l'a poussée à travailler dans le domaine de la santé? Sensibilisée au domaine médical par sa famille, elle sent que dans ce milieu elle peut faire quelque chose d'utile, aider les gens dans le besoin. C'est davantage valorisant et encourageant de voir quelqu'un guérir grace a son action.

 

Mais pourquoi avoir choisi MSF plutot qu'une autre organisation? Ayant un peu peur de s'engager dans une trop petite structure pour une première experience, elle a préféré la sécurité et le sérieux de Medecins Sans Frontieres Suisse. Cette structure laisse une flexibilité intéressante vis a vis de ses disponibilités. Elle peut en effet commencer une nouvelle mission a tout moment de l'année. De plus, elle ne voulait pas non plus travailler dans d'autres organisations du type la Croix rouge dans lesquelles les salaires sont plus élevés et ceux qui y travaillent mènent un train de vie plus aisé que ceux de MSF. Elle pense donc avoir trouvé un bon équilibre, ayant ce qu'il lui faut pour vivre, et son choix lui parait le plus moral.

  

En arrivant chez MSF Suisse, elle s'est tout de suite sentie rassurée. Son briefing a Geneve avant son depart pour sa premiere mission lui a permis de comprendre les enjeux politiques et economiques du pays dans lequel elle allait travailler (le Kirghizstan). Sa future mission et les particularités de la médecine humanitaire lui ont été bien expliquées. Elle a ainsi pu arriver a Bichkek plus sereine.


Le climat qui regnait dans le pays avant son arrivée était un peu tendu. Suite aux événements de Juin 2010, les militaires controlaient par la suite les hopitaux publics, et ne laissaient pas les gens y rentrer. MSF a donc en operation d'urgence installe des cliniques mobiles pour offrir les soins necessaires aux blesses et refugies ouzbekes vivant sur le territoire kirghize. Mais la communication avec le gouvernement kirghize se fait mal et MSF est accuse d'etre du parti des ouzbekes. La situation d'urgence etant passee, MSF a decide de garder un programme de soin en activite dans le pays pour ramener la confiance avec le gouvernement. Le systeme de sante kirghize actuel etant tres mediocre, la qualite des soins aleatoire, et la qualification des medecins peu rassurante, MSF Suisse propose actuellement des soins gratuits pour les plus vulnerables, selectionnes sur criteres sociaux, en operant avec leur propre materiel en hopitaux publics. Garance fait donc partie d'une des equipes medicales en tant qu'infirmiere.


Cela lui plait comme premiere experience car elle commence par une mission qui n'est pas en situation d'urgence et lui permet ainsi de decouvrir plus calmement et plus en profondeur le metier d'nfirmiere dans le milieu de l'humanitaire. Elle comprend donc petit a petit le focntionnement d'une grande organisation humanitaire comme MSF et s'adapte ainsi doucement a son esprit.


Ce qui lui plait le plus dans cette mission? L'echange avec la population qu'elle soigne, la richesse de ces rencontres inhabituelles. Elle a vraiment le sentiment d'agir pour des causes qu'elle defend: elle comprend ainsi tout le sens de son engagement.


Bien sur, ce metier n'est pas facile tous les jours. Elle aimerait parfois soigner davantage, pouvoir se donner a 100 pour 100 dans ce qu'elle fait, mais la structure ne lui permet pas forcement. Elle aimerait aussi y rester plus longtemps, une mission d'un an etant bien courte. Dans son action MSF est oblige d'avoir l'accord des medecins kirghizes, ce qui ralentit les operations et les limite. C'est frustrant, surtout pour quelqu'un comme Garance qui voudrait pouvoir apporter bien plus que ce qu'elle fait deja! Ajouter a cela les problemes de corruption toujours bien presents dans le pays...

 

Sa mission bientot finie, elle en est globalement bien satisfaite et decide donc de chercher une nouvelle mission avec MSF. mais c'est tout de meme une decision difficile a prendre pour elle, puisqu'en acceptant de continuer avec MSF, elle sera loin de sa famille et de ses amis, qui font eux aussi peu a peu leur vie. Elle ne veut donc pas etre completement deracinée. De nature, elle aime avoir un petit groupe d'amis permanent, et cela n'est pas forcément facile lors des missions, car le staff tourne souvent, et la plupart repartent pour des destinations éloignées, et donc elle ne les reverra plus. C'est en effet frustrant de developper des relations humaines avec des personnes, de construire une amitié, pour ensuite ne plus jamais revoir cette personne. C'est la raison pour laquelle certains se protègent en se retenant dans leur amitié. C'est d'autant plus dur qu'ils forment une veritable communauté et vivent ensemble, et pas seulement pour le travail. 

 

Meme si sa mission n'est pas une mission d'urgence, elle a tout de meme été confrontée a des personnes en état de santé pitoyable. C'est très frustrant de se dire que s'ils étaient soignés en Europe ils s'en sortiraient... Un de ses souvenirs les plus frappants est le cas d'un homme tombé du 4e étage d'un immeuble, et qui était soigné par sa propre famille, faute de moyen pour avoir des soins! Garance et son equipe MSF sont allés le voir, lui ont prescrit les soins a faire et ont trouvé un physiothérapeute pour sa reéducation. Au bout de 4 mois, il allait bien mieux. Cette expérience valorisante l'a marquée et lui a donné plein d'espoir. Elle s'est davantage rendue compte de l'utilité de ses actions.

 

Mais elle se trouve parfois confrontée a des limites dans son travail. MSF reste une grosse organisation, et a donc une certaine inertie dans leurs prises de décisions, ce qui peut etre tres frustrant lorsqu'on travaille sur le terrain. Parfois meme, les decisions prises par le siège de MSF Suisse a Geneve, ne repondent pas parfaitement aux réels besoins sur place. D'autre part, il est parfois difficile a MSF d'opérer a cause des relations avec les differents gouvernements. Pour Garance, la limite de l'humanitaire est tout d'abord une limite politique. De plus, l'humanitaire de nos jours change peu a peu. Il existe un veritable probleme de la perception des organisations humanitaires par les populations locales. Ils ne sont plus perçus comme des sauveurs, des personnes leur venant en aide, mais plutot comme des forces internationales, ou meme parfois comme des espions, et cela nuit gravement a l'image de l'organisation et a son action sur place. Car dans ce genre de travail, l'interaction avec les personnes dans le besoin est primordiale...

 

Lorsqu'on lui demande quel conseil elle pourrait donner a un jeune qui veut commencer a travailler dans l'humanitaire, elle repond qu'il doit rester humble. Il ne faut pas qu'il ait l'impression qu'il va changer la planète. Un altruisme naïf n'est bon ni pour lui, ni pour l'organisation. C'est sur que c'est une expérience très enrichissante personnellement. Chacunpeut trouver sa place car les missions sont très variées et de courte durée. Elles offrent souvent des postes avec des responsabilités que l'on ne pourrait pas avoir ailleurs. Il est très important en tout cas de rester humble et de faire très attention à l'image qu'on donne sur place.